Les interventions de Jean-Pierre et Luc Dardenne à l'inauguration du cinéma Sauvenière le vendredi 9 mai 2008


Très chers amis des Grignoux

Un tout grand merci de nous avoir choisis mon frère et moi pour être les parrains de vos quatre nouvelles salles qui ouvrent aujourd'hui leurs portes sous les auspices bienveillants d'un éléphant.

En plaçant votre nouvelle aventure cinématographique sous sa protection, vous avez bien sûr voulu nous rappeler que cette journée fait partie d'un récit qui pour la plupart d'entre nous a commencé le 8 février 2000. Ce jour-là, sous la conduite du même éléphant, nous étions 5 000 à parcourir quelques rues de Liège pour remette au bourgmestre, Monsieur Demeyer, une pétition signée par 50 000 spectatrices et spectateurs qui demandaient la limitation du nombre de salles du futur multiplexe au Longdoz et donner ainsi toutes les chances à votre projet cinématographique d'exister.

Aujourd'hui, nous vivons le début d'un nouvel épisode de cette histoire-là.

Mais comme vous le savez dans tout grand récit cinématographique, et votre histoire est un grand récit cinématographique, il y a toujours une deuxième histoire qui se cache derrière la première et qui n'attend que nous, les spectateurs, vos spectateurs, pour se révéler.

J'ai cru la discerner et je me permets de vous en livrer ma version.

L'éléphant, comme bien d'autres animaux, apparaît dans de nombreux films, son nom aussi est cité dans quelques titres. Dans la plupart des histoires que l'on raconte aux enfants, il y a toujours un éléphant sinon comme personnage principal, au moins comme personnage secondaire. Il fait aussi partie des certains récits religieux et de récits guerriers... et il y aussi un Ordre de l'éléphant comme il y a un Ordre de la Légion d'honneur ou de la Grande Jarretière...

À mes yeux, il est d'abord un personnage important du monde du cirque. Et c'est pour cela, me semble-t-il, que vous avez choisi de mettre cette journée sous sa protection.

Vous avez voulu nous raconter qu'à l'origine le spectacle cinématographique tait un art forain, un art populaire, que d'était dans cette tradition que votre travail s'inscrit, et que pour vous « populaire » signifie parier sur l'intelligence, la curiosité et les émotions — qui ne sont pas seulement mécaniques — des êtres humains que nous sommes.

Très chers amis des Grignoux, merci pour cette belle histoire, merci de nous aider à être plus humains, merci de nous bouleverser, de nous faire rire aux larmes, d'exciter notre intelligence et notre curiosité en nous proposant dans vos 8 salles de cinéma des histoires qui viennent des 4 coins du monde.

VIVENT LES GRIGNOUX, VIVE LE CINEMA.

Jean-Pierre Dardenne


Bref hommage à la tribu des Grigneux à l’occasion de l’ouverture officielle du cinéma « Le Sauvenière », le 9 mai 2008

Chers amies, chers amis des Grignoux,

Je voudrais dire combien je suis heureux et honoré d’avoir été choisi, avec mon frère, comme parrain de votre nouveau cinéma « Le Sauvenière ».

Par ce parrainage, je me sens un peu devenir un membre de la tribu des Grigneux qui depuis trente ans, avec courage, lucidité, pugnacité, intelligence et amour du cinéma expose au « Parc », au « Churchill » et maintenant au « Sauvenière » les films venus du monde entier. C’est grâce à votre persévérance opposée aux discours de ceux qui prétendaient connaître les raisons de la fin prochaine des salles de cinéma, c’est grâce au travail de toute votre équipe, que vont pouvoir apparaître sur les écrans de vos quatre nouvelles salles, des visages, des paysages, des voix, des couleurs, des langues, des films qui autrement ne seraient jamais vus à Liège, oui c’est grâce à vous, à votre belle victoire d’obstinés que les films, ces lettres envoyées par les cinéastes d’ici et d’ailleurs, trouvent à Liège leurs destinataires. Sans vous, ces lettres ne seraient jamais ouvertes. Merci facteur Grignoux ! Merci pour votre service public ! Merci au nom de tous les cinéastes et au nom du public, de ces milliers de personnes qui viennent et viendront dans la nuit de vos salles recevoir des films où la distraction rencontre l’intelligence.

L’éléphant qui accompagne votre aventure révèle, comme l’a dit Jean-Pierre, combien votre idée du cinéma est celle d’un art populaire. Cet étonnant et paisible animal cher à toutes les enfances, nous rappelle aussi le lien intime qui noue le cinéma et l’enfance et dit combien votre idée du cinéma pense à celles et à ceux qui viendront après nous. Je veux saluer ici votre invention d’ « ECRAN LARGE SUR TABLEAU NOIR », votre regard de pédagogues-montreurs de films qui depuis vint-cinq ans achemine les classes d’école vers les salles obscures et transmet le cinéma à des lycéennes et des lycéens, à cet âge où un être humain peut découvrir l’art, la vie, le monde en découvrant le cinéma.

À la naissance de ce nouveau public qui est le public de demain, à la naissance de vos quatre nouvelles salles, je me réjouis avec vous et avec toutes celles et tous ceux qui sont ici ce soir ; et je crois que l’oreille de notre enfance perçoit les barrissements de l’éléphant qui s’associe à notre joie.

Luc Dardenne

la page de présentation du Sauvenière